L’hypersensibilité n’est pas une chose que l’on acquiert, mais bien que l’on possède dès la naissance. Ce n’est pas, non plus, une maladie, mais un trait de caractère qui se manifeste par une sensibilité extrême au monde qui nous entoure. Cette caractéristique consiste à ressentir les émotions de manière intense, amplifiée et surtout sans filtre. La psychanalyse classe les personnes hypersensibles en « trois grandes familles » :
Les «hypersensoriels», très sensibles à la lumière, aux bruits, aux saveurs, aux odeurs et au touché,
Les « émotifs », qui ressentent une « palette d’émotions plus large », les leurs et celles de leur entourage, par empathie, et pour finir celles et ceux qui « pensent tout le temps, qui doutent et ressassent ce qu’on leur dit ».
Ma sensibilité exacerbée a toujours fait partie de moi, et a été plus tard très importante dans mon évolution et mon développement personnel, mais le plus souvent cette qualité a aussi été accompagnée de défis et de grandes incompréhensions.
Enfant, déjà, j’étais reliée au silence intérieur et à la solitude. Je me sentais souvent plus confortable seule ou en petit comité. Je ne répondais pas aux attentes des autres et je me sentais si bien en bas d’une table, entre les jambes de ma mère ou dans ma chambre, entourée de mes poupées, dans mon monde imaginaire. Adolescente, je pleurais en cachette, trop souvent submergée par les émotions débordantes. En grandissant, je me sentais différente des autres, incomprise, introvertie, vulnérable aux sons forts, aux cris, aux odeurs prenantes, au stress des autres, aux conflits, dans les grands rassemblements, les centres commerciaux… J’étais fragile aux critiques et maintes fois accusée de prendre toujours tout mal, parce que la moindre chose me touchait profondément… J’avais le sentiment d’être séparé du monde extérieur. Encore aujourd’hui, je suis très sensible aux humeurs et aux ambiances, tout cela m’importune, m’angoisse, et me fatigue énormément.
Sensibilité, émotions et intuition ne sont pas proprement des qualités que le monde moderne valorise, que notre société affairée reconnait : c’est comme si je me trouvais en contradiction totale avec la vie, l’extérieur, l’environnement, les autres… La civilisation occidentale néglige/méprise facilement notre sensibilité et nos émotions au profit de la pensée rationnelle et logique valorisée jusqu’au culte, comme le célèbre « je pense, donc je suis ».
Notre société apprécie les performances, la froideur, le perfectionnisme, le contrôle de soi, la concurrence (les héros, la comparaison aux autres …). Trop souvent coupés de notre part émotionnelle et spirituelle dans le monde du travail, on y raisonne abondement, mais les émotions authentiques y sont peu présentes. On nous apprend depuis notre plus jeune âge à être raisonnable, logique et conséquent ; à éviter les comportements émotionnels et irrationnels, et à ne pas laisser paraître nos sentiments. On exige beaucoup de nous (moi la première, dure et exigeante avec moi-même, mon plus grand juge). Au mieux, sentiments et émotions sont interprétés comme des signes de stupidité, de faiblesse ou d’immaturité, et ils dérangent, il n’y a pas de place pour ça. Soyons sincères, la société n’est pas tendre ! Tout doit aller trop vite, on ne peut pas se donner au « luxe » de se plonger dessus, ça coûte cher.
La psychothérapie n’est pas accessible à toutes les poches et l’auto-connaissance prend son temps pour se développer. Au risque de sombrer dans l’anxiété, la peur, et tous les états d’âmes flottantes, je blâme ma sensibilité et mes drames émotifs (traumatismes) pour cette « trop » grande « fragilité » et mon sentiment d’inadéquation au monde, comme si je n’étais pas équipée pour cette vie : mon mode de fonctionnement était tellement différent de tous les autres… Vivre intensément les sensations étaient parfois difficile à supporter, très vite débordée par la force des émotions ressenties. Au combien de fois j’écoute : « Qu’est-ce que tu peux être susceptible ! ». Plus tard, quand ce ne sont plus les parents qui jouent les tyrans, ce sont les patrons, les collègues, compagnons, qui prennent le relais.
Cette caractéristique de ma personnalité, que maintes fois, j’ai souhaité ne pas avoir, m’a aussi très vite mise intimement en contact avec mon intuition, l’empathie et un monde intérieur très riche, et m’a permis aussi de comprendre qu’elle ne comptait pas uniquement des aspects négatifs.
Accepter et valoriser ça en moi n’a pas été un parcours facile, le reconnaître aussi comme une qualité, un atout et pas seulement comme un défaut de fabrication, m’a pris du temps. Heureusement, cette hypersensibilité m’a aussi doté de nombreux points positifs : je suis très empathique et créative. Attentive aux détails, j’ai une imagination débordante, une grande soif de connaissance, et un sens esthétique raffiné. La contemplation, la beauté, l’art et la musique m’émeuvent profondément et j’apprécie profondément le silence. J’ai une grande capacité d’analyse, et une intuition très affinée.
Dans mon parcours d’acceptation, c’était très important pour moi de reconnaître et d’accepter (plutôt que de renier) cette différence, de l’intégrer, de la comprendre sans juger pour mieux l’accueillir, la respecter et lui donner toute l’attention qu’elle mérite. Au lieu de la combattre ou de lui résister, je l’autorise à me traverser. Assumer mon tempérament et Être en harmonie et en cohérence avec moi-même, à l’écoute de mon corps et de ses besoins, m’a permis d’intégrer mon hypersensibilité comme une force et un atout dans mon quotidien professionnel, social et familial : ce qui, à priori, a été un défaut, est devenu une qualité précieuse et inestimable. Je gère !
Exercices pratiques :
• Lorsque vous vous retrouvez dans une situation difficile, acceptez. Observez ce qui se passe à l’intérieur de vous : dans votre cœur, votre gorge, votre estomac, dans vos pieds. Que ressentez-vous ? Quelles sensations ? Observez. En prenant conscience de vos sensations intérieures, vous changez déjà d’état et entrez dans une perception différente et plus proche de votre être véritable. Et si vous n’êtes pas intime avec vous-même, alors vous ne pouvez pas non plus l’être, ni avec le monde, ni avec les autres.
• Ralentir/ Bain de forêt : dans cette spirale infernale qui nous pousse toujours à accélérer nos gestes ou à répondre toujours plus urgemment aux sollicitations, jusqu’à tard le soir, il est primordial de prendre le temps de se déconnecter, de ralentir et de profiter des moments apparemment anodins de l’existence qui peuvent avoir un effet positif sur notre moral, notre santé et notre vision des choses.
J’aime faire ma sieste et méditer, ce sont des besoins fondamentaux pour moi. C’est comme ça que je recharge. Ces pratiques me permettent de prendre soin de moi dans une journée éprouvante, même un quart d’heure.
